En prenant la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN) , Joseph Kabila a officialisé son opposition au pouvoir de son successeur, Félix Tshisekedi, et engagé une nouvelle confrontation avec le pays qu’il a dirigé pendant 18 ans. À travers cette recomposition politico-militaire annoncée le 12 octobre 2026 à Goma, l’ancien chef de l’État entend rebattre les cartes de la crise congolaise. Mais cette ambition de reconquête du pouvoir, soutenue par Kigali, suscite des interrogations et fait peser de nouvelles incertitudes sur le processus de paix, plaçant l’ancien président dans une position périlleuse.

Président de la République démocratique du Congo (RDC) de 2001 à 2019, Joseph Kabila sort de sa relative discrétion pour prendre la tête d’une plateforme qui succède à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), liée à la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23). Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa en deviennent les vice-présidents, tandis que le général Sultani Makenga conserve la direction militaire.
Au-delà du changement de dénomination, l’ancien chef de l’État ne se limite plus à contester la gouvernance de son successeur. Il se place désormais à la tête d’un mouvement politico-militaire qui affiche ouvertement sa volonté de combattre ce qu’il qualifie de tyrannie, y compris par la force. Kabila cherche-t-il à fédérer les mécontentements nationaux ou à transformer une coalition armée en instrument de conquête du pouvoir ?
Le contexte judiciaire complique davantage sa démarche. Condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour des faits de trahison et de crimes de guerre , accusations qu’il conteste en dénonçant une persécution politique, l’ancien président voit ses perspectives de normalisation institutionnelle considérablement réduites.
Reste que la cohésion du FRN est loin d’être acquise. Des divergences entre ses dirigeants auraient déjà porté sur les objectifs militaires du mouvement. Selon des éléments rapportés par des experts des Nations unies en juin 2026 , Kabila et Nangaa auraient envisagé une progression vers Kinshasa, tandis que des responsables du M23 privilégiaient la consolidation de leurs positions dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La méfiance attribuée à Makenga envers l’ancien président ajoute à ces incertitudes.

Cette alliance devra donc démontrer que son unité affichée repose sur une véritable convergence d’intérêts. Le poids politique de Kabila ne garantit ni son contrôle sur les combattants ni sa capacité à imposer ses objectifs aux responsables militaires.
Le processus de paix, notamment dans le cadre des discussions de Doha , constitue un autre test. Les médiateurs devront déterminer les rapports entre le FRN et les structures militaires existantes, ainsi que la capacité de ses dirigeants à faire respecter d’éventuels engagements sur le terrain. Un simple changement de nom ne garantit ni la continuité des engagements ni leur mise en œuvre.
En définitive, trois inconnues détermineront la portée de cette recomposition : la capacité de Kabila à unifier ses alliés, sa légitimité auprès des Congolais et les conséquences de la création du FRN sur les négociations de paix. En choisissant la voie politico-militaire pour retrouver une influence nationale, l’ancien président risque non seulement d’accentuer son isolement, mais aussi de prolonger la confrontation.
C. Ntambwe